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CYBERCRIMINALITÉ – Les Etats-Unis réclament l’audition de 15 Africains détenus à Madagascar et évoquent des obstacles à leur enquête
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02 novembre 2026

CYBERCRIMINALITÉ – Les Etats-Unis réclament l’audition de 15 Africains détenus à Madagascar et évoquent des obstacles à leur enquête

Les Etats-Unis souhaitent interroger 15 ressortissants africains actuellement détenus à Madagascar. Ceux-ci affirment avoir été victimes de traite d’êtres humains et d’abus au sein de centres de cyber-escroquerie. Dans un communiqué publié le 27 octobre 2026, le Department of Justice (DoJ) indique avoir obtenu un mandat de comparution de témoins clés pour entendre ces personnes. Les autorités américaines regrettent, par ailleurs, avoir rencontré des obstacles dans leurs démarches d’investigation et déplorent le rapatriement vers la Chine de nombreux suspects avant la fin de l’enquête.

Derrière les centres d’arnaques en ligne démantelés à Madagascar se trouve un réseau criminel transnational ayant des ramifications en Malaisie et en Chine, qui aurait transféré ses activités depuis le Cambodge. Selon les déclarations sous serment rendues publiques par la justice américaine, ce groupe aurait commencé à installer ses centres d’escroquerie à Madagascar au début de l’année 2025, après une intervention des forces de l’ordre cambodgiennes.

Le FBI avait déployé une équipe à Madagascar en août 2026, à l’invitation du ministère de la Justice et de la Police nationale malgache, pour participer au démantèlement de 13 complexes dédiés à la cybercriminalité. L’opération, menée entre août et septembre, a permis la saisie de plus de 3 200 appareils électroniques et de 52 millions de dollars en cryptomonnaies, selon le DoJ.

Mais la coopération entre les deux pays aurait connu des difficultés après ces interventions. Le DoJ affirme que le gouvernement américain s’est heurté à des obstacles dans ses tentatives d’interroger les personnes impliquées dans ces réseaux. Il relève également que Madagascar a rapatrié en Chine de nombreux suspects avant l’achèvement de l’enquête américaine.

La procureure fédérale du district de Columbia, Jeanine Ferris Pirro, appelle ainsi les autorités malgaches à coopérer avec Washington et à extrader les six personnes inculpées dans cette affaire. Parmi elles figure Chui Kok Wa, un ressortissant malaisien présenté comme l’un des dirigeants présumés du réseau et dont l’extradition est réclamée par les Etats-Unis. . Celui-ci, selon le ministère malgache de la Justice, est déjà condamné à 10 ans de prison par la Justice malgache.

Quinze Africains considérés comme des témoins clés

Les 15 Africains que le FBI souhaite entendre auraient travaillé dans les centres d’escroquerie démantelés à Madagascar. Ils affirment avoir été victimes de traite d’êtres humains et d’abus de la part de Chui Kok Wa. Ils seraient actuellement détenus dans une prison malgache, selon le communiqué du DoJ.

Leur situation rejoint les premiers éléments recueillis par les enquêteurs malgaches sur les conditions de recrutement de travailleurs étrangers dans ces structures. Une vingtaine de ressortissants africains, notamment des Rwandais, des Zimbabwéens, des Ougandais et des Kényans, auraient été attirés à Madagascar par des offres d’emploi publiées sur les réseaux sociaux, avec la promesse de travailler dans le commerce.

“Ils disent avoir été recrutés via Facebook pour travailler dans le commerce à Madagascar. Mais en arrivant, la majorité des passeports ont été confisqués par le boss et ils ont été forcés d’escroquer”, explique à l’AFP le commissaire Hassan Mouigni, chef de la cellule cybercriminalité de la police malgache. Il estime que ces ressortissants ont été victimes de tromperie.

Le communiqué américain apporte également des éléments sur le fonctionnement du réseau. Les téléphones de Chui Kok Wa contenaient notamment des contrats de travail précisant des horaires de nuit à Madagascar, correspondant aux heures de journée et de soirée aux Etats-Unis. Des primes liées aux sommes dérobées aux victimes étaient également prévues pour les employés.

Les enquêteurs ont par ailleurs découvert des scripts et des consignes destinés aux personnes chargées de contacter les victimes. L’un de ces documents décrivait explicitement le procédé comme une “arnaque émotionnelle”, consistant à exploiter les sentiments des victimes pour les convaincre d’investir.

Des ressortissants chinois rapatriés avant la fin de l’enquête

Les centres démantelés étaient majoritairement exploités par des ressortissants chinois. Selon les informations communiquées par les autorités malgaches, 148 ressortissants chinois ont été extradés vers la Chine. Parmi eux figuraient des personnes considérées comme des responsables présumés des structures. Le FBI indique n’avoir pas pu interroger les ressortissants chinois identifiés comme des dirigeants du réseau avant leur départ. L’affaire est également marquée par la libération controversée de 11 ressortissants chinois initialement placés en détention.

Les centres démantelés proposaient différents types d’escroqueries, notamment des arnaques sentimentales, des investissements frauduleux en cryptomonnaies et des systèmes de Ponzi. Dans le cas du réseau attribué à Chui Kok Wa, les escrocs se faisaient passer pour des femmes sur des sites de rencontre afin d’établir une relation de confiance avec leurs victimes américaines. Ils les incitaient ensuite à connecter leurs portefeuilles de cryptomonnaies à de fausses plateformes d’investissement dans les NFT, avant de détourner leurs fonds.

Le FBI a identifié environ 74 portefeuilles de cryptomonnaies associés à quelque 800 victimes à travers les Etats-Unis. Les fonds dérobés auraient été transférés vers des comptes liés à des acteurs basés en Chine.

Une implantation des réseaux criminels en Afrique

Pour les autorités américaines, cette affaire illustre le déplacement des organisations criminelles transnationales vers de nouvelles régions, après le renforcement des opérations de lutte contre les centres d’escroquerie en Asie du Sud-Est.

Le commissaire Hassan Mouigni indique à l’AFP que ces réseaux ont progressivement changé de mode d’implantation à Madagascar. D’abord installés dans des villas discrètes, certains ont commencé à louer des hôtels entiers. “Ce qui nous a alertés, c’est qu’ils ont commencé à louer des hôtels tout entiers”, rapporte-t-il à l’agence.

De son côté, Tsitohaina Ralihivao, coordinateur de la cellule de lutte contre la cybercriminalité du ministère de la Communication malgache, établit un lien entre l’arrivée de ces réseaux et les opérations menées contre les centres d’escroquerie en Asie du Sud-Est, notamment après les affrontements frontaliers entre le Cambodge et la Thaïlande en juillet 2025. “Lorsque les Thaïlandais ont démantelé, ils ont juste déplacé les opérations. Ce sont les mêmes organisations qui sont venues à Madagascar”, déclare-t-il à l’AFP.

Cette hypothèse est également évoquée dans un document judiciaire du FBI rendu public par le Department of Justice. Celui-ci indique que des centres de cyber-escroquerie s’implantent de plus en plus en Afrique à la suite de la fermeture de complexes similaires en Asie du Sud-Est. Le document relate notamment le témoignage de trois ressortissants brésiliens qui auraient été transférés du Cambodge à Antananarivo au début du mois de mai 2026.

Face à cette expansion, la procureure fédérale Jeanine Ferris Pirro a annoncé l’élargissement du champ d’action de la “Scam Center Strike Force”, créée en novembre 2025 pour lutter contre les réseaux criminels spécialisés dans les escroqueries en ligne, la fraude aux cryptomonnaies, la traite des êtres humains et le blanchiment d’argent. La structure entend désormais étendre ses opérations à l’Afrique, à l’Inde et à l’Europe.

Avec AFP

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