La commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat français tape du poing sur la table. Dans un communiqué publié jeudi, elle dénonce l’initiative de l’exécutif français de remettre aux autorités malgaches la couronne du dais de Ranavalona III. Elle regrette surtout que le Parlement n’ait pas été consulté alors que « la représentation nationale [est] la seule autorité compétente pour autoriser la sortie de ces biens des inventaires nationaux », souligne-t-elle dans un communiqué publié jeudi.
Evoquant un « retour en catimini et précipité » de l’objet exposé depuis 1910 au musée de l’Armée, elle dénonce « la tentation du gouvernement de faire systématiquement prévaloir les enjeux diplomatiques sur l’intérêt culturel, scientifique et patrimonial des biens composant les collections publiques françaises ». Elle rappelle ainsi que ces biens sont « juridiquement inaliénables » et ne sont donc « pas cessibles au gré de l’évolution des relations internationales ».
Mais la commission de la culture du Sénat français n’entend pas rester au stade de la dénonciation. Pour prévenir toute prochaine initiative similaire qu’elle qualifie de malvenue de la part du gouvernement français, elle propose « la création rapide du Conseil national de réflexion sur la circulation et le retour des biens culturels extra-européens ». Il s’agit, souligne le communiqué, d’un « garde-fou nécessaire permettant de garantir un examen scientifique des demandes émanant des pays tiers et d’éclairer, avant l’engagement de toute négociation diplomatique, la décision des autorités politiques ».
La proposition a, par ailleurs, déjà été intégrée dans le texte relatif au projet de loi sur la restitution de biens culturels au Bénin et au Sénégal qui a été adopté le 4 Novembre par le Sénat. Le Conseil national, dans l’optique du Sénat français, n’aurait, certes qu’un avis consultatif. Il devrait, néanmoins, en plus d’apporter aux pouvoirs publics un éclairage scientifique dans leur prise de décision, « encourager [la France] et en particulier le monde muséal, a approfondir sa réflexion sur ces questions qui ont vocation à rebondir dans les années à venir ».
Et en fait de rebondissement, Madagascar ne devrait pas tarder à faire part de son intention de réclamer d’autres biens à son ancienne métropole. La procédure relative au transfert légal et définitif de propriété du couronnement du dais de la Reine Ranavalona III n’a pas encore été engagée, mais les autorités malgaches ont déjà annoncé avoir une liste de biens culturels à réclamer.
La ministre de la Communication et de la culture n’a pas encore détaillé les biens dont le gouvernement compte demander la restitution à la France, mais le président de la République a déjà publiquement évoqué le crâne du Roi Toera du Menabe et celui du Prince Ratsimamanga, tous deux décapités en 1897 par les autorités coloniales.