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08 novembre 2026
COMMERCE – L’exclusion de l’Agoa menace des milliers d’emplois en Afrique du Sud
Une exclusion de l’Afrique du Sud de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), à compter du 1er janvier 2027, pourrait entraîner la suppression de milliers d’emplois dans les secteurs agricole et manufacturier. Face à cette perspective, le Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu), principale confédération syndicale du pays, appelle le gouvernement sud-africain à poursuivre les négociations avec Washington durant le délai de préavis de 60 jours afin de tenter d’éviter les conséquences économiques et sociales de cette décision.
Selon les estimations du Cosatu, entre 3 000 et 10 000 emplois pourraient être menacés par cette exclusion. Les répercussions risquent notamment de toucher les entreprises implantées dans les petites villes des régions productrices d’agrumes du Cap-Occidental. “Il y a un risque de créer des villes fantômes”, alerte Matthew Parks, coordinateur parlementaire de la confédération syndicale, cité par l’AFP. L’Association des producteurs d’agrumes d’Afrique australe avait également mis en garde contre les conséquences de cette mesure sur l’emploi et l’économie de certaines localités.
Le Cosatu demande ainsi à Pretoria de mettre à profit les deux mois de préavis pour négocier avec l’administration américaine un compromis permettant de maintenir les avantages commerciaux accordés au pays. La confédération réclame parallèlement des mesures urgentes de soutien aux travailleurs, aux entreprises et aux communautés susceptibles d’être affectés. Elle souligne également que les États-Unis pourraient eux-mêmes pâtir d’une rupture des avantages commerciaux liés à l’accord, notamment pour leurs approvisionnements en minerais critiques sud-africains.
L’Agoa permet à plusieurs pays africains éligibles d’exporter vers le marché américain une large gamme de produits sans droits de douane. En 2025, environ 10% des exportations sud-africaines vers les États-Unis ont bénéficié de ce dispositif. La Maison Blanche a annoncé lundi son intention d’exclure l’Afrique du Sud et le Rwanda, estimant que leurs gouvernements ne respectaient pas les critères d’éligibilité au programme.
Washington reproche notamment à Pretoria des restrictions au commerce et aux investissements américains, des problèmes de corruption ainsi que des pratiques considérées comme contraires aux intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des États-Unis.
Des secteurs déjà fragilisés par les droits de douane
L’industrie automobile figure parmi les secteurs susceptibles de subir de nouvelles difficultés. Les constructeurs sud-africains ont déjà été affectés par les droits de douane de 25% imposés par l’administration Trump en avril 2025. Selon l’Association des travailleurs de l’industrie automobile (Misa), les exportations de véhicules sud-africains vers les États-Unis ont chuté de 83% en 2025, à 4 136 unités.
La Misa appelle également le gouvernement à exploiter le délai de préavis de 60 jours pour obtenir un rétablissement de l’éligibilité du pays et négocier une solution commerciale spécifique au secteur automobile.
L’ampleur des conséquences potentielles fait toutefois débat. L’expert en relations internationales Kingsley Makhubela estime que les démarches diplomatiques de Pretoria risquent de ne pas aboutir. Il considère l’exclusion comme une décision essentiellement politique de l’administration Trump, plutôt que comme une mesure relevant de considérations commerciales. Selon lui, plus de 130 000 emplois pourraient être directement affectés, dans un pays déjà confronté à un taux de chômage supérieur à 30% de sa population active.
D’autres observateurs relativisent néanmoins l’impact macroéconomique de la mesure. Daryl Swanepoel, de l’Inclusive Society Institute, estime que les États-Unis resteront dépendants de certaines importations sud-africaines, notamment les agrumes, dont les prix pourraient augmenter pour les consommateurs américains.
L’économiste Johann Els, de PSG Financial Services, rappelle pour sa part que les exportations bénéficiant de l’Agoa ne représentent que 0,7% des exportations totales de l’Afrique du Sud, malgré leur poids de 10% dans les ventes du pays vers les États-Unis.
Avec AFP

