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06 novembre 2026
CYBERCRIMINALITÉ – Madagascar se dit prêt à examiner la demande d’extradition américaine de six suspects et dément avoir soustrait des Chinois à l’enquête
“Le ministère malgache de la Justice a fait part de sa pleine disposition à coopérer avec les autorités américaines”. Sollicité par les Etats-Unis à extrader six suspects détenus dans ses prisons dans le cadre d’une affaire de scamming, Madagascar se dit “prêt à prendre toutes les mesures nécessaires pour donner suite à cette demande, dans le respect des lois et des procédures judiciaires”. Et comme selon le ministère, “la demande formulée par les Etats-Unis ne concernent en rien les ressortissants chinois qui ont été rapatriés en Chine pour qu’ils y purgent leurs peines”, il assure qu’“il est inexact de dire que ces ressortissants chinois aient expressément rapatriés en vue de les soustraire aux autorités américaines”.
A en croire le ministère de la Justice, “les autorités malgaches n’ont pas hésité à répondre à la demande de la Chine” de rapatrier ses ressortissants condamnés et détenus à Madagascar “principalement en raison de la surpopulation des prisons malgaches et de l’augmentation du nombre des détenus qui s’y trouvent”. Dans un communiqué vidéo diffusé jeudi soir sur sa page Facebook, il indique que le maintien de ces ressortissants chinois “aurait davantage alourdi les charges financières et administratives supportées par l’État malgache”, “d’autant que l’administration pénitentiaire malgache est déjà confrontée à des difficultés de gestion et de fonctionnement des établissements carcéraux”.
Dans sa déclaration, le ministère de la Justice assure de sa détermination à coopérer avec les différents pays dans le cadre des entraides judiciaires internationales. A l’entendre, les autorités américaines auraient même “salué Madagascar pour son engagement actif et engagé dans la lutte contre la cybercriminalité”. “Les autorités judiciaires américaines ont exprimé leur satisfaction quant à la coopération avec Madagascar”, souligne le ministère qui assure avoir lui-même sollicité le soutien des enquêteurs américains dans le cadre d’une enquête “que les Malgaches ont d’abord initiée”.
Dans son communiqué de presse du 27 octobre, le département américain de la Justice rapporte les propos de la procureure fédérale Jeanine Ferris Pirro qui dit que “le gouvernement américain s’est heurté à des obstacles dans ses efforts pour interroger les personnes impliquées” après le déploiement d’une équipe de la Scam Center Strike Force à Madagascar à la demande du ministère malgache de la Justice et de la police nationale malgache. “Madagascar a rapatrié en Chine de nombreux suspects avant la fin de l’enquête”, déplore le Department of Justice.
Les Etats-Unis justifient leur intervention et leur demande par la nationalité américaine des victimes. “Les prévenus auraient mis en place un stratagème frauduleux sophistiqué depuis Madagascar, en abusant de la confiance des Américains pour leur voler leur argent durement gagné”, souligne le procureur fédéral du district de l’Alaska Michael J. Heyman. Il ajoute que “le fait d’opérer depuis l’étranger ne met pas ceux qui ciblent les Américains hors de portée des forces de l’ordre américaines”. “Nous continuerons à travailler avec nos partenaires nationaux et internationaux pour traduire en justice les responsables avec la plus grande fermeté”, insiste-t-il.
Outre la demande d’extradition aux Etats-Unis des six suspects qui ont déjà été condamnés à Madagascar et qui y sont détenus, les autorités américaines ont également demandé à pouvoir interroger une quinzaine de ressortissants africains en tant que témoins dans cette affaire “qui cible les Américains”. Dans son communiqué vidéo, le ministère de la Justice n’évoque pas cette question. Une source proche du dossier confie que “les enquêtes ont permis d’arrêter et de condamner 25 Africains et que les Américains demandent l’extradition de cinq d’entre eux ainsi que d’un Malaisien”.
Selon le département américain de la Justice, les 15 Africains qu’il souhaite interroger sont des “employés impliqués dans le réseau et qui affirment avoir été victimes de traite d’êtres humains et d’abus”. “La loi malgache ne reconnaissant pas encore le crime de traite d’êtres humains dans le cadre de ce type d’affaires, certaines victimes pourraient être considérées comme complices”, explique néanmoins un expert sur le sujet.

