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19 octobre 2026
ENERGIE – Pénurie de carburant au Niger qui est producteur de brut depuis 2011
Dimanche, les automobilistes et les motards de Niamey ont découvert à leur tour ce que vivent déjà d’autres villes du pays. Les stations-service sont prises d’assaut, et certaines n’ont plus rien à vendre. Leurs gérants assurent que leurs cuves sont vides depuis quatre jours.
Face à la ruée, le ministère du Commerce a publié en fin de semaine dernière la liste des stations encore approvisionnées. Elles ont été immédiatement débordées. Aïcha, habitante du quartier de la Poudrière, a patienté de 21h à 3h du matin avant d’être servie. Amadou Harouna, motocycliste, a traversé la moitié de la ville sans trouver une goutte d’essence. Abdoulaye Zakari, lui, est resté en panne sèche au bord de la route. “On nous a annoncé la fin de la pénurie mais nous ne voyons pas le bout du tunnel”, lâche-t-il. Un seul effet inattendu : la circulation est plus fluide qu’à l’ordinaire dans les rues de Niamey.
Un paradoxe difficile à expliquer
Le Niger extrait 90 000 barils de brut par jour dans l’Agadem, dans le nord-est, et raffine 20 000 barils quotidiens depuis 2011. Pourtant, la raffinerie nationale de Zinder ne suffit pas à couvrir la demande. Le pays vit un second épisode : il avait déjà connu, l’an dernier, une pénurie d’une ampleur inédite.
La nouvelle patronne de la Sonidep, la compagnie pétrolière nationale, Fatimata Marafa Salifou, reconnaît le malaise. “La population n’arrive pas à comprendre : on dit que le Niger a le pétrole mais nous continuons de souffrir”, admet-elle vendredi devant les responsables du secteur, réunis pour chercher une issue.
Interdiction d’exportation
La demande a bondi dans les stations officielles parce que l’essence de contrebande venue du Nigeria se raréfie. Depuis la fin des subventions de l’État nigérian, ce carburant est devenu trop cher. Il pouvait pourtant représenter jusqu’à 50 % du marché et alimentait surtout les régions frontalières.
Pour sécuriser l’approvisionnement local, le ministère du Commerce vient d’interdire l’exportation de gasoil et d’essence super. La Sonidep doit par ailleurs importer de l’essence pour combler le déficit. La question d’une hausse des prix à la pompe, sujet toujours explosif, est donc posée. Le chef l’Etat, le général Abdourahamane Tiani, l’a pour l’instant écartée afin de “ne pas aggraver le coût de la vie”.
Début octobre, il avait aussi limogé le patron de la Sonidep, sans en donner la raison.
Le dossier est d’autant plus sensible que le régime militaire, au pouvoir depuis juillet 2023, a fait de la souveraineté sur les ressources du pays un axe central de son discours. À Niamey, la file d’attente devant les stations rappelle que cette promesse reste à concrétiser.
Avec AFP

